Revue de Presse :


La Montagne

Michel Thenot photographie la guerre pas les princesses...

 

Michel Thenot est photo-journaliste.Installé depuis quelques années, dans la maison de ses grands-parents, à Saint-Gervais sous Meymont , ce clermontois de 38 ans, passe le plus clair de son temps à parcourir le monde, avec ses dix kilos de matériel photo sur le dos...et souvent, son gilet pare-balles.

C'est parce au'il connait bien la vie de ses confrères "paparazzi", qu'il évoque avec mesure la polémique alimentée , depuis dimanche, par la mort de Lady Diana..

"Le grand reportage est en train de mourir, au profil de la presse "people", qui se développe de plus en plus; quand Match met une princesse de Monaco à la Une, on sait que le journal aura 15% de lecteurs de plus que d'habitude; les photos de la mort de la princesse de Galles se vendant 1 million de dollars, alors qu'une photo faite sur la ligne de front de n'importe qu'elle g u e r r e, v a s e v e n d r e 1000F ..."

Quand on lui demande s'il fait partie des paparazzi, il répond d'abord que non. Et puis, il précise et nuance: "J'ai bien été un paparazzi, mais pas avec des princesses! Avec des gens du gouvernement à l'étranger, parfois... Les vraies paparazzades sont rares; le plus souvent, ce sont de fausses paparazzades, dont les photos et les échanges sont négociés auparavant".

Les frontières sont parfois floues entre les genres, et Michel Thenot invite à la mesure: "Il y a aussi des photographes qui font du "people", pour financer de grands reportages; Jacques Langevin, le photographe de l'agence Sygma qu i s'est trouvé sur les lieux peu après l'accident de Diana, est celui qui a rapporté, il y a quelques années les photoss de la place Tien an Men". Evoquant le durcissement du marché de la photo, Michel Thenot souligne que les gens qui sont dans l'engrenage sont parfois prêts à tout pour rapporter une photo.

 

INTERNET

Quant à la responsabilité des paparazzi dans la mort de Diana, et à la rumeur publique qui accuse, il refuse de s'avancer sur ce terrain: "Quand une princesse meure dans ces conditions, il faut trouver des coupables... Le droit de la presse risque d'en prendre un coup, c'est regrettable. Quand tu penses qu'à Paris, cette semaine, il y a des photographes qui se font casser la gueule simplement parce qu'ils étaient photographes..."

A Saint-Gervais sous Meymont, on a peu parlé de Diana, hier , mais sur l'écran du site internet, auquel Michel Thenot est connecté, la mort de la princesse se déclinee en thèmes multiples - parmi lesquels "presse" et "paparazzi" - par centaines de serveurs français et étrangers. Un serveur permet aussi d'adresser ses condoléances, ou de consulter les photos de toute la vie de la princesse. Dans le bureau de l'ancienne ferme familiale en pierre, coupures de presse et photographies balaient l'actualité. Michel Thenot semble avoir choisi son camp, et situe dans l'éthique la frontière entre les genres: "Un photographe de presse est fait pour témoigner; moi, jem'intéresse peu aux vies de princesses! Quand on pense à témoigner, on ne pense pas à l'argent; ça vient après. C'est un travail humanitaire.

 

TEMOIGNER

Accrédité par l'OTAN et l'ONU, Michel Thenot sembleeêtre né pour témoigner . Jusque-là photographe amateur, il est parti pour première fois en 1981, en Pologne. Avec modestie et pudeur, il évoque sescinq années passées à Sarajevo, le sort des enfants de Bucarest, les camps de régugiés kurdes , "l'ex-Yougoslavie où , en ce moment, les gamins sautent en l'air sur des mines pour tenter degagner 3.50 francs; c'est seulement à 1000 kilomètres d'ici... Quand on sais que les photos de cette période qui se sont le mieux vendues , se sont celles de l'élection de Miss Sarajevo, ça fout les boules...En Afrique, pour faire des photos de gamins qui se battent, ils suffit que les photographes leur lancent des croûtons de pain sec qu'ils tirent de leur sac-photo..."

Et, parce que, là-bas , il a promiss de témoigner, il expose parfois, et cherche à éditer unebrochure de textes et photos intitulée "une jeunesse en enfer".

Quand Michel Thenot repartira, ce sera pour aller faire un reportage sur les Hells Angels. Ensuite, ces carnets de route passeront sans doute par la Serbie, par le Proche-Orient...

Pour l'instant, il revient tout juste du salon "Visa pour l'image", à Perpignan : "J'y vais tous les ans depuis trois quatre ans; cette année, on a dit "le grand reportage est en train de mourir: si les paparazzi existent, c'est parce que la demande est énorme en presse people".

 


 

UN, DEUX... QUATRE

Profession : reporter-photographe

 

 

Quel est le point commun entre la photo de la crémation de Gandhi, à Delhi, en 1948, et celle de la petite fille qui court en pleurant sur une route vietnamienne? Toutes deux ont été réalisées par des photoreporters, ces hommes dont la mission est de réaliser régulièrement toutes les parties du monde où sont inscrits, à vif, les injustices les plus flagrantes et les désastres humains les plus manifestes.une profession qu'à choisi d'mbrasser Michel Thénot.

 

Pour Michel Thénot, la photographie s'est imposée très tôt."Non comme un passe-temps, mais plutôt comme une passion. Non comme un jeu d'enfant, mais plutôt , dans un premier temps, comme un loisir d'adolescent. J'avais quinze ans losque l'on m'a offert mon premier appareil photo. Un Konica.

Pour autant que je m'en souvienne , je ne crois pas m'être longtemps amusé à saisir , surla pellicule , les scènes de la vie quotidienne ou les portraits de famille. Ce qui m'intéressais, déjà , à l'époque c'était de photographier ce qui était inédit. Inattendu. Insolite. Voire interdit. Je trainais sous les jupes de la ville, dans les allées des quartiers que l'on disait malfamés, j'ai même réussi à faire des photos dans les abattoirs de Clermont-Ferrand.Presque un "scoop" ! Le directeur, à l'époque, s'appelait M. Pénot. A cause de la quasi-homonymie de nos deux noms, tout le monde, là-bas, a cru que j'étais le fils et personne ne m'a inquiété!" A vingt-deux ans, Michel Thenot est étudiant en droit. Et toujours photographe. Sur un pari, antant que sur un coup de tête, il monte , avec un ami, un convoi humanitaire à destination de la Pologne. Se rend sur place. Et mitraille tout ce qui se passe à sa portée. "En 1981, la Pologne subissait le joug de Jaruzelski. A Varsovie, la loi martiale avait été instaurée . Les Polonais mouraient littéralement de faim. Moi, j'éprouvais le besoin de fixer ce que je voyais. C'est come ça, je crois, que j'ai su ce que j'allais faire de ma vie. Regarder. Observer.Enregistrer. Témoigner. "Ensuite..." Je me suis lancé journaliste indépendant. Avec cette vocation désormais avouée de partir aux quatre coins du monde. Là où les choses tournaient mal, là où les évènements se précipitaient, là, aussi, où les gens souffraient. J'ai couvert la guerre du Golfe. Puis celle de Sarajevo.Je suis resté six années dans la capitale bosniaque . J'en suis parti quand le siège a été levé. "Les séismes de l'Histoire dont témoigne aujourd'hui le photographe-reporter ne sont peut-être pas si éloignés qu'on pourrait le supposer de ces rencontres singulières que Michel Thénot aimait fixer dans les quartiers chauds de Clermont-Ferrand.

 

L'urgence du témoignage

"Un reportage photographique, c'est l'art et la manière de rapporter un évènement en quelques photos. Parfois en une seule ". "Une photo unique, dont la forme aura assez de richesse et le fond assez de résonance pour se suffire à elle-même . " Une photo réussie ne donne pas seulement à voir. Souvent, elle donne aussi à penser. On dit bien que la guerre du Vietnam s'est en partie arrêtéé grâce aux témoignages des photographes. C'est peut-être ce que tu conserves à l'esprit lorsque tu pars te balader dans les rues. Ce souci del'urgence du témoignage. Qui font que tu t'arrêtes. Que tu épaules ton appareil. Que tu vises. Que tu appuies sur le déclencheur. Parce qu'il y a soudain des éléments qui se précisent devant toi. Il faut les saisir. Ne pas réfléchir. La scène qui se découpe dans ton viseur ne se présentera pas une seconde fois. Se concentrer. Armer. Tirer. "Quand le déclic de l'appareil reproduit et entérine celui de l'arme véritable, naturalisant la mort donnée, mettant le spectateur de l'image dans la position équivoque de témoin coupable ..." La question que l'on se pose souvent, presque systématiquement , aux photographes-reporters, aux correspondants de guerre, c'est : "Mais comment face à l'horreur, pouvez-vous appuyer sur le déclencheur ?" Tu le fais parce que tu es là pour ça. Sinon tu ne fais pas ce métier. "

 

Le vif du sujet

"A Sarajevo, j'avais une grande disponibilité . Pas forcément beaucoup d'argent . J'habitais une chambre dans un immeuble situé au coeur de la ville. Au coeur de la guerre. Pour rester en vie, je notais tous les matins, sur une carte de la capitale, l'emplacement des zones de tir, la ligne des combats qui divisaient la capitale. Comme tous les civils qui vivaient alors à Sarajevo, je consacrais une bonne partie de mes journées à aller chercher, aux quatre coins de la cité, l'eau et les provisions nécessaires à ma survie. Le reste du temps, je marchais dans les rues, l'appareil en bandoulière, cherchant à prendre, sur le vif, des photos "comme autant de flagrants délits."

il y a les photos qui s'imposent et qui racontent la guerre, dans ce qu'elle a de plus immédiat et de plus symbolique. Ce sont les photos prises lors des affrontements, les vues de camps de réfugiés... Et il y a celles qu'il faut aller chercher. Parce que , sur le prisme d'un pays en guerre, elles vont te montrer une autre facette de l'histoire. Tu photographies alors les passants dans les rues, les gens qui longent la Sniper avenue, l'avenue des tireurs embusqués. La bien- nommée. Parce qu'ils n'ont pas le choix .Parce qu'il leur faut emprunter ce chemin pour rentrer chez eux. Tu photographies les ruines. Tu longes une allée et tu vois une femme, qui vient s'arrêter devant les décombres encore fumants de ce qui fut autrefois sa maison. Tu prends la photo. Tu pénètres dans le vestiaire d'un stade. Appuyée contre un banc, entre deux serviettes et trois sacs de sport, tu aperçois la prothèse de plastique articulée qui remplace désormais la jambe d'une victime probable des mines anti-personnels dont le sol bosniaque est désormais truffé. Tu appuies sur le déclencheur. Tu réitères ton geste quand tu aperçois un gamin , embusqué sur un talus, qui manoeuvre avec la dextérité d'un futur professionel la replique grossière d'une mitraillette en bois sculpté. En France, la scène prêterait à sourire. On a tous joué aux gendarmes et aux voleurs, au soldat et à la guerre. A Sarajevo ce spectacle prend une autre dimension. Et le sourire se fige sur tes lèvres. "

 

Le salaire de la peur

Rapporter l'information reste un métier dangereux dans presque un Etat sur deux. Fût-il pourvu de toutes les acccréditations possibles, le journaliste n'échappe pas ni aux fouilles, ni aux interrogatoires, parfois assortis d'une peine d'emprisonnement temporaire. "Pas plus que ta carte de presse ne te protège des tireurs cachés ou encore des bombes prêtes à exploser. Tu vis avec la peur au ventre. Elle te suivra longtemps. Il y a des choses avec lesquelles tu devras apprendre à vivre, ensuite. Avec le souvenir des bruits des bombardements, par exemple. Ce bruit sourd, qui semble non pas partir du ciel mais du sol et qui t'ébranle jusqu'au fond de toi-même. Je ne suis plus capable, aujourd'hui, d'aller voir un feu d'artifice. "

Quand il repartira, "bientôt, très bientôt" ce sera vers la Roumanie. Ou l'Algérie.Provisoirement réfugié en Auvergne, dans la maison que lui ont léguée ses parents, il est à l'amarre depuis sept mois."Presque huit." C'est l'âge qu'a sa fille. Elle s'appelle Marie.Pour l'instant, il la regarde grandir.

 

Carole Drillon


 

La Montagne

Balkans : Michel Thenot, entre photographies de guerre et aide humanitaire

 

Photographe de guerre dans les Balkans depuis 1991, Michel Thenot part aujourd'hui au Kosovo pour aider une famille qu'il a rencontrée à Thiers. Il s'est déjà rendu à quatre reprises en Albanie et au Kosovo entre avril et août. Ce photographe de Saint-Gervais sous Meymont a réalisé de nombreux clichés qui illustreront un livre sur les enfants victimes de la guerre. Il a aussi apporté une aide humanitaire aux populations en difficulté.

 

Deja aux premières loges lors de la guerre en ex-Yougoslavie, lorsqu'il travaille pour l'agence SIPA, Michel Thenot est retourné dans les Balkans au mois d'avril.Pour son compte cette fois. Un projet de livres sur les enfants victimes de la guerre accapare tout son temps. Une jeunesse en enfer : de Sarajevo à Pristina, évoquera, à travers une série de clichés saisis dans les pays belligérants, les atrocités de la guerre et ses répercussions sur les enfants. "Parmi les victimes de la Première Guerre mondiale, près de 95% étaient de militaires.Avec le conflit des Balkans, cette tendance est presque inversée" souligne Michel Thenot. Le photographe journaliste a fait quatre séjours en Albanie et au Kosovo entre avril et août.

De son dernier voyage au Kosovo, Michel Thenot a ramené des dizaines de fiches d'identité, récupérées dans le quartier général de la police serbe à Pristina, la capitale de la province. Photos d'identité, empreintes digitales, langues parlées et études suivies : les forces de police avaient fiché tous les Kosovars d'origine albanaise avant de laisser leurs bureaux à l'abandon.

Son deuxième séjour , Michel Thenot le passe en Albanie, entre Durres et Tirana, alors que les bombardements de l'Otan se poursuivent et qu'une issue diplomatique au conflit semble impossible.

 

DEUX SEMAINES AU KOSOVO

 

En juillet puis en août, il se rend pour la première fois au Kosovo, investi depuis juin par la KFOR, chargée d'assurer le maintien de la paix. Entre temps, il a fait la connaissance des Celaj, une famille kosovare hébergée au foyer des jeunes travailleurs de Thiers et avec laquelle il a sympathisé. Jetfik Celaj, le père de famille lui demandec de rendre visite à ses frères et à sa mère restés au pays. "Pour retrouver chez eux, cela a été folklorique raconte Michel Thenot. Il y a des villages entiers de Celaj. "Par hasard, Michel retrouve finalement les cinq frères Celaj, dont les commerces, situés au bord de la route qui relie Pristina à Pec, ont été détruits. "Les paramilitaires serbes ont mis le feu aux maisons, mais seules les toitures qui sont en bois ont brûlé."

Selon le photographe, l'Albanie inspire d'avantage d'inquiétudes " c'est un pays confronté au chaos. Lors de mes quatre séjours, le plus dur fut de traverser ce pays morose."

Michel Thenot effectue un cinquième voyage dans les Balkans cette semaine. Il a prévu d'apporter un camion aux époux Celaj qui ont quitté récemment Thiers pour retrouver leur pays.

 

Guillaume Beraud

 


La Montagne 14/11/99

Michel Thenot relate " Une jeunesse en enfer"

 

 

Photojournaliste, Michel Thenot a couvert les différents conflits en ex-Yougoslavie. Il vient d'éditer un ouvrage qui fixe des instants de vie dans le quotidien de la guerre.

"Les enfants affamés, parfois amputés, le regard vide "sont les premières victimes innocentes des guerres nourries par la folie des hommes. Pendant huit ans, Michel Thenot a couvert les différents conflits dans les Balkans. Le photojournaliste basé à Saint-Gervais sous Meymont en a ramené des milliers de clichés. Après avoir réalisé une exposition pour témoigner de ce qu'il a vu dans l'ex-Yougoslavie, il signe un premier livre.

L'ouvrage condense des instants de vie sous le titre "Une jeunesse en enfer. La maquette est épurée pour présenter des photos qui parlent d'elles-mêmes. Une simple légende rappelle à chaque fois le contexte dans lequel elles ont été prises. Bosnie, Croatie, Kosovo, Albanie : un pays, un lieu, une date.

BOUCLER LA BOUCLE

Michel Thenot a sélectionné une centaine de clichés au total. Ceux-ci sont encadrés d'un mince filet noir dansun souci de dépouillement , mais aussi pour mieux souligner l'atmosphère de la guerre et ses cortèges de malheurs.

Le livre est aussi un hymne à la vie, avec toutes ses composantes que sont le courage, la peur, la résistance, la tristesse et parfois des moments de joie. C'est également une histoire de rencontres et d'amitié entre le photojournaliste et ces populations qui ont accepté de livrer leur image à l'objectif et à la pellicule .L'ouvrage formalise une longue suite de reportages assurés dans une région pluriethnique qui a toutes les peines à se reconstruire. Avec cette parution, l'auteur a un peu l'imporession de blucler la boucle et d'exorciser son amertume vis-à-vis d'un grand gâchis de l'Histoire. S'il a pour projet maintenant de se rendre dans le Caucase, il continue de témoigner sur les conflits en ex-Yougoslavie : d'abord dans les établissements scolaires, ensuite, par le biais d'expositions ou lors de conférences. Ainsi, dans le cadre de l'Université de la Dore, il interviendra le 17 décembre; à Ambert, sur le Kosovo.

 

 


INFO MAGAZINE le 29/11/99

 

 

"Une jeunesse en enfer" de Michel Thénot

 

Un gamin blessé par balle montre "comme un grand" sa blessure ; un homme prie sur la tombe de sa fille victime d'un snipper , le cimetière était un terrain de foot ; une femme, le regard perdu tient dans ses bras son enfant né d'un viol ; une institutrice improvise l'école dans la pénombre de son appartement occulté pour éviter les tireurs... et puis deux jeunes mariés posent dans une rue de la guerre. Ils veulent croire en un avenir.

De la Bosnie en janvier 1992, au Kosovo cet été, Michel Thénot , photographe clermontois, vient de passer sept années à sillonner les Balkans embrasés. Sarajevo, Tuzla, Krajina, Osijek, Pristina , Tirana, Kukes, Pecs... autant de lieux de malheur, et d'actualité récente, où l'armée serbe, et ses milices, ont détruit, massacré, torturé et déporté à outrance.

Spécialiste du reportage de guerre (depuis vingt ans), il témoigne inlassablement. Ses clichés ont été repris par les agneces Rapho, Fovéa, et la presse magazine européenne et japonaise. Dans cet ouvrage, en réunissant plus de cent photos, toutes en couleur, il axe sa démarche particulièrement sur les enfants.

Ces victimes systématiques de tous les conflits, et dans tous les camps. "Une jeunesse en enfer" est un livre dur, et d'une grande humanité, qui nous monre l'envers de la guerre.

Pas d'images belliqueuses, pas d'illustrations racoleuses, mais de l'émotion, des détresses sans fond, des vies foutues, et heureusement parfois un sourire, un espoir...

"Une jeunesse en enfer", de Michel Thénot (auto-édition) disponible en librairie, et au domicile de l'auteur : Le Moulin, 63880 Saint-Gervais-sous-Meymont.

 

Jean-Jacques ARÈNE


 

Le Dauphiné 12/99

 

Reporter de guerre, Michel Thenot expose au pensionnat Notre-Dame de France.

 

 

Michel Thénot est Auvergnat et reporter de guerre. Après de nombreux séjours en Bosnie au début des années 90, il vient de passer une partie de l'année en Albanie et au Kosovo. "Le photo journalisme peut être de l'humanitaire " dit-il aujourd'hui. Cette phrase résume assez bien la philosophie de travail du personnage qui ne cherche pas à ramener des photos de victimes ensanglantées . Comme tous les journalistes, il s'efforce de témoigner et à ce titre il a natamment contribué à la réalisation d'un fonds d'archives pour des organisations non gouvernementales (ONG) tout en diffusant ses photos par le canal d'une des plus grandes agences photographiques, SIPA.

Deux de ses expositions ont été sélectionnées en 1996 et 1997 pour le salon international de photo journalisme de Perpignan, devenu en quelques années "La Mecque des reporters photographes". Résidant dans le Puy de Dôme, Michel Thénot, expose jusqu'au 16 décembre au Pensionnat Notre Dame de France (PNDF) les photos de ses séjours dans les Balkans. Cette exposition devrait ensuite être visible au Centre départemental de documentation pédagogique (CDDP) au début de l'annéé 2000.

Michel Thénot a aussi réuni une sélection de ses meilleures images dans un livre "Une jeunesse en enfer" qu'on peut trouver à la Maison de la presse, boulevard St Louis. Un livre qui montre des enfants touchés dans leur chair et dont la plupart des images sont assez fortes pour ne pas nécessiter des tonnes de commentaires.

Comment est-il arrivé au PNDF? "Je connais un enseignant, Jean-Pierre Julien, avec qui il a été facile d'organiser une exposition et une rencontre avec les lycéens sur la vie des enfants dans ces pays", nous a expliqué Michel Thénot qui aura l'occasion de commenter ses séjours devant les lycéens.

L'exposition au "Pensio " se compose d'une quarantaine de photos tirées du livre. On peut contacter Michel Thénot sur son site internet : http://perso.wanadooo.fr/michel.thenot/


La Montagne 11 mai 2000

 

"Une jeunesse en enfer"

Un témoignage sue l'ex-Yougoslavie

 

On croit souvent qu'il y eu des milliers de photos faites sur l'ex-Yougolasvie. C'est vrai mais la grande majorité ont été prises dans des lieux et lors d'événements très ponctuels. Rares sont les photographes français qui ont suivi le conflit de bout en bout. Michel Thenot est l'un d'eux.

 

Son album photos "Une jeunesse en enfer" réunit des images prises par Michel Thenot entre 1991 et cette année. Profitant d'une halte dans sa maison de Saint-Gervais-sous-Meymont, il expose quelques-une de ses photos à la librairie "Le Temps des Cerises jusqu'au 31 mai.

 

De toutes ces année passées la plupart du temps dans les coins de l'ex-Yougoslavie où peu de journalistes mettaient les pieds, se rapportent des tas de souvenirs, souvent teintés d'amertume : "Une haine entre ethnies comme il y en a là-bas est difficile à comprendre pour nous, elle n'appartient pas à notre culture. En fait ce n'est pas tant la haine que la peur : les uns sont persuadés que les autres vont à tout moment les agresser. Résultat, ils prennent le devant et tout le monde est parano. Mais cette peur est présente dans les moindres gestes. Dites simplement bonjour à quelqu'un en utilisant sans le savoir la langue de l'ethnie rivale cela peut dégénérer. Un membre de l'ONU a été tué pour ça en public et en plein jour ..."

 

Michel Thenot posséde un avantage énorme sur le terrain : il parle et comprend la langue pour la simple et bonne raison que sa femme a des origines croates et qu'une grande partie de sa famille y habite encore. Avec une telle base arriére, il suffit de beaucoup de patience pour arriver à capter ce que les gens de passage ne peuvent pas voir.

 

Ses photos n'ont la plupart du temps, guére besoin de légendes. Images d'enfants ou d'adolescents (tes) avec des armes à la main. Combattant à peine sortis de l'enfance, gamins aux mines sombres qui n'ont connu que la peur, les maisons brûlées et la fuite sur les routes.

 

Mais il faudrait aussi pouvoir écouter Michel Thenot raconter la vie au quotidien, là-bas. C'est parfois surréaliste, mais la plupart du temps douloureusement cruel. L'horreur a ses explications logiques ... "Pourquoi le viol ? PArce que dans la plus part des communautés Albanaise avoir une fille violée dans une famille signifie non seulement le déshonneur pour elle, mais pour toutes les filles de la famille, y compris les cousines et les niéces. Il ne reste alorsd qu'une solution, partir, fuir la comdamnation des voisins et amis. C'est une sorte de nettoyage ethnique"... Aujourd'hui, l'étiquette de l'ex-Yougoslavie lui colle tellement à la peau que le photographe auvergnat n'en finit pas avec les pays de l'Est : Tchechénie, Roumanie, Pologne, Roumanie. "Il y a des fois, j'aimerais bien aller photographier des surfeurs à Hawaï, mais on ne me le demande pas...".